[EXTRAITS] ÉCRITS FÉMINISTES : DE CHRISTINE DE PIZAN À SIMONE DE BEAUVOIR – François Poulain de La Barre

 

 

 

 

 

 

Les extraits entre guillemets ci-dessous viennent de l’ouvrage Écrits féministes : De Christine de Pizan à Simone de Beauvoir avec des textes réunis par Nicole Pellegrin

ISBN : 2081231646
Éditeur : FLAMMARION
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A cause de cette citation (entre autre)

« Tout ce qui a été écrit par les hommes sur les femmes doit être suspect, car ils sont à la fois juge et partie »

Ce texte date de 1673 et fait partie d’un ensemble plus vaste dont nous publierons d’autres extraits : De l’égalité des deux sexes.

[Contre les autorités des Poètes et des Orateurs]

Les Poètes et les Orateurs n’ayant pour but que de plaire et de persuader, la vraisemblance leur suffit, à l’égard du commun des hommes. Ainsi, l’exagération et l’hyperbole étant très propres à ce dessein, en grossissant les idées, selon qu’on en a besoin, ils font le bien et le mal petit et grand comme il leur plaît ; et par un tour trop ordinaire, ils attribuent à toutes les femmes en général ce qu’ils ne connaissent qu’en quelques unes particulières. Ce leur est assez d’en avoir vu quelques-unes hypocrites, pour leur faire dire que tout le sexe est sujet à ce défaut. Les ornements dont ils accompagnement leurs discours contribuent merveilleusement à leur attirer la créance de ceux qui ne sont point sur leurs gardes. Ils parlent avec facilité et avec grâce, et emploient certaines manières, lesquelles étant belles, agréables et peu communes, éblouissent l’esprit et empêchent de discerner la vérité. On voit contre les femmes quantité de pièces assez fortes en apparence ; et l’on s’y rend, faute de savoir que ce qui en fait la force et la vérité, ce sont les figures de l’éloquence, les Métaphores, les Proverbes, les Descriptions, les Similitudes, les Emblèmes : et parce qu’il y a d’ordinaire beaucoup de génie et d’adresse dans ces sortes d’ouvrages, l’on s’imagine aussi qu’il n’y a pas moins de vérité.

Tel se persuade que les femmes aiment qu’on leur en conte, parce qu’il aura lu le sonner de Sarazin sur la chute de la première, qu’il feint n’être tombée que pour avoir prêté l’oreille aux fleurettes du Démon. Il est vrai que l’imagination est plaisante, le tour joli, l’application assez juste dans son dessein, et la chute très agréable ; mais si l’on examine la pièce au fond, et qu’on la réduise en Prose, l’on trouvera qu’il n’y a rien de plus faux ni de plus fade.

Il y a des gens assez simples pour s’imaginer que les femmes sont plus portées à la furie que les hommes, pour avoir lu que les Poètes ont représenté les Furies sous la figure des femmes : sans considérer que cela n’est qu’une imagination poétique : et que les peintres qui dépeignent les Harpies avec un visage de femme, dépeignent aussi le Démon sous l’apparence d’un homme.

J’en ai vu entreprendre de prouver que les femmes sont inconstantes, sur ce qu’un Poète Latin célèbre a dit qu’elles sont sujettes à un changement continuel, et qu’un Français les a plaisamment comparées à une girouette qui se meut au gré du vent ; faute de prendre garde que toutes ces manières de parler des choses ne sont propres qu’à égayer l’esprit et non pas à l’instruire.

L’éloquence vulgaire est une optique parlante, qui fait voir les objets sous telle figure et telle couleur que l’on veut ; et il n’y a point de vertu qu’on ne puisse représenter comme un vice, par les moyens qu’elle fournit.

Il n’y a rien de plus ordinaire que de trouver dans les Auteurs que les femmes sont moins parfaites et moins nobles que les hommes : mais pour des raisons on n’y en voit point. Et il y a grande apparence qu’ils en ont été persuadés comme le vulgaire. Les femmes n’ont point de part avec nous aux avantages extérieurs, comme les sciences et l’autorité, en quoi l’on met communément la perfection : donc elles ne sont pas si parfaites que nous. Pour en être convaincu sérieusement, il faudrait montrer qu’elles n’y sont pas admises, parce qu’elles n’y sont pas propres. Mais cela n’est pas si aisé qu’on s’imagine, et il ne sera pas difficile de faire voir le contraire dans la suite, et que cette erreur vient de ce qu’on n’a qu’une idée confuse de la perfection et de la noblesse.

Tous les raisonnements de ceux qui soutiennent que le beau Sexe n’est pas si noble, ni si excellent que le nôtre, sont fondés sur ce que les hommes étant les maîtres, on croit que tout est pour eux ; et je suis assuré qu’on croirait tout le contraire, encore plus fortement, c’est-à-dire que les hommes ne sont que pour les femmes, si elles avaient toute l’autorité, comme dans l’Empire des Amazones.

Il est vrai qu’elles n’ont ici que les emplois qu’on regarde comme les plus bas. Et il est vrai aussi qu’elles n’en sont pas moins à estimer : selon la religion et la raison. Il n’y a rien de bas que le vice ni de grand que la vertu : et les femmes faisant paraître plus de vertu que les hommes, dans leurs petites occupations, méritent plus d’être estimées. Je ne sais même si à regarder simplement leur emploi ordinaire, qui est de nourrir et d’élever les hommes dans leur enfance, elles ne sont pas dignes du premier rang dans la société civile.

François Poulain de La Barre

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