« Je l’ai fait car je n’ai jamais cessé de t’aimer » : quels effets a la représentation de la persistance romantique dans les films sur les croyances autour du harcèlement ?

 

 

 

Posté le 1er décembre 2017

Aujourd’hui, nous allons décrypter l’article scientifique :

 

« Je l’ai fait car je n’ai jamais cessé de t’aimer » :

quels effets a la représentation de la persistance romantique dans les films sur les croyances autour du harcèlement ? 

I Did It Because I Never Stopped Loving You: The Effects of Media Portrayals of Persistent Pursuit on Beliefs About Stalking

de Julia R. Lippman – 2015  à l’époque post-doctorante dans le département Communication de l’Université du Michigan. Ses recherches se portent sur les manières dont les médias contribuent ou gênent le développement de relations sexuelles et romantiques saines. 

 


Cette étude est disponible intégralement ici en anglais, si vous n’y avez pas accès, vous pouvez me contacter pour que je vous l’envoie.

Attention, cet article peut contenir des traductions approximatives, n’hésitez pas si vous voyez des inexactitudes.

Les chiffres, sources et citations (sauf si indiqué) proviennent de l’étude et sont non exhaustifs sur le sujet.

Je ne fais qu’un décryptage paraphrasé et commenté de l’article. 


Résumé tel que présenté par l’auteure :

Cette expérimentation examine les effets que peuvent avoir les situations présentées dans les films comme des poursuites romantiques, sur les croyances que l’on peut avoir sur le harcèlement.

Exposées à un film qui décrit une poursuite comme effrayante, les participantes sont moins engagées à tolérer des agissements perçus comme du harcèlement. Bien que l’exposition à un film qui décrit cette persistance comme un acte romantique ne conduise pas à une meilleure tolérance du harcèlement par toutes les participantes, il a tout de même des effets dans la perception réaliste du transport pour certaines. Des liens possibles entre l’exposition d’un film et les croyances sur le harcèlement sont aussi explorés.

Les résultats indiquent que la représentation donnée d’une agression genrée peut avoir des effets prosociaux et que les comportements mettant en scène des poursuites romantisées, présentées généralement comme normatives dans la séduction peuvent conduire à une augmentation des croyances sur le harcèlement comme pratique acceptable.

Cette découverte tardive peut avoir des implications pour le soutien légal que les victimes de harcèlement sexiste peuvent recevoir.

Mots clefs

Harcèlement – médias – poursuite – agression genrée – mythes sur le harcèlement – amorçage


Alors de quoi ça parle et qu’est-ce que ça dit ?

 

Cet article parle d’amorçage (priming), alors, qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit ici de parler des schémas mentaux construits par rapport à l’exposition de quelque chose (ici un film, mais cela peut être un livre, une éducation…) qui amènent à penser / réagir d’une certaine manière (un conditionnement).

L’amorçage n’est pas qu’un concept relié uniquement au harcèlement. C’est quelque chose qu’on retrouve dans beaucoup de domaines d’études. Je vous en parlerai un peu plus en dessous. Aussi vous pouvez regarder une vidéo faite par Science Etonnante sur l’amorçage et le racisme.

L’auteure s’interroge sur l’impact qu’ont les films sur la perception (et sur la tolérance) que l’on peut avoir de certains agissements dans le cadre d’une relation « amoureuse » hétérosexuelle. Elle remarque en effet que beaucoup de films présentent des situations de harcèlement comme « normales » et mêmes « souhaitées ». Est-ce que les femmes, en étant exposées à ce genre de films, ont plus tendance à tolérer des situations de harcèlement ? Est-ce que les hommes ont plus tendance à penser que ce sont des agissements normaux et ainsi les répéter dans leur vie ? De manière plus claire, est-ce que les films, dans lesquels sont présentées des scènes de harcèlement, jouent un rôle de renforcement, si oui s’agit-il de renforcement positif ou de renforcement négatif ?

 

eugenie gynometre rôle des médias dans le harcelement

Eugénie pense que ça n’a aucun lien. Qu’en disent des études ?

 

Pourquoi est-ce important de déterminer cela ? Pour réussir à défaire les mythes sur le harcèlement, et ainsi mieux protéger les victimes quant il s’agit d’amener des affaires d’agression (ici harcèlement) devant la justice, mais aussi pour elles, pour leur vécu, et pour mieux réagir devant des situations problématiques futures.

En effet, les recherches ont montré que des croyances (mythes) amènent les personnes à minimiser à la fois les témoignages individuels et le problème systémique (c’est-à-dire lié à un système, à une société. Le phénomène du harcèlement est approuvé et encouragé par le système). Les « mythes » peuvent en effet conduire à un « victime blaming » (« elle l’a cherché ») en accusant la victime et en minimisant la responsabilité de l’agresseur.

La validation de ces croyances mènent à mettre en doute l’interprétation du propre ressenti des victimes, en minimisant la gravité de ce qui leur est arrivé, et/ou peut participer à l’augmentation de leur vulnérabilité.

 

Le cadre de cette étude :

426 femmes aux USA – Une majorité identifiée blanche (69.2%) – Une minorité significative asiatique – asiatique-américaine (19.5%) – Des femmes noires – afro-américaines (6.8%) – Des femmes hispaniques – latino-américaines (2.1%) – Des femmes s’identifiant d’une autre manière (2.3%).

Les participantes ont été divisées en 3 groupes au hasard (142 par condition) pour regarder un stimuli vidéo édité à une demie heure :

  • harcèlement positif « romantique » (There’s Something About Mary (Mary à tout prix) – Management (Love Manager))
  • harcèlement négatif « effrayant » (Sleeping with the Enemy (Les Nuits avec mon ennemi) – Enough (Plus jamais))
  • groupe contrôle (Le Peuple migrateur –  La Marche de l’empereur)

Les films « effrayants » ont été édités de manière à enlever la violence physique. L’élimination de la violence physique a été jugée nécessaire en raison des recherches montrant que la violence physique peut indépendamment influencer les perceptions de l’agressivité sexiste (Lee, Hust, Zhang et Zhang, 2011).

L’humeur de chaque participante a été déterminée (pour savoir dans quel état d’esprit elle regardait cette vidéo).

Les participantes devaient :

  • montrer qu’elles avaient suivi attentivement la projection en remplissant un résumé et un petit questionnaire.
  • évaluer le réalisme de la vidéo : « Les événements dans les scènes ressemblent à ceux du monde réel » et « Le film reflète les problèmes rencontrés par les couples dans leurs relations. »
  • évaluer leur projection personnelle dans le film : « Je pouvais m’imaginer dans les scènes que je regardais » et « En regardant le film, j’ai constaté que mon esprit vagabondait »
  • évaluer l’humour du film : « À quel point le film était-il drôle ? »
  • évaluer l’attrait physique du poursuivant et de la cible – victime
  • évaluer globalement positivement le poursuivant et la cible – victime
  • évaluer leur opinion personnelle sur le harcèlement « Une personne qui veut aller à l’extrême du harcèlement doit vraiment être amoureuse » et « Un harceleur est habituellement quelqu’un que la victime connaît bien » (d’accord, pas du tout d’accord…)

Toute la méthodologie est décrite en détail dans le document source : les échelles utilisées, le pourquoi du comment, les résultats chiffrés…

 

Conclusions de cette étude : 

Cette étude démontre une relation causale entre les représentations médiatiques (paf Eugénie !) de la poursuite amoureuse et les croyances au sujet du harcèlement. L’exposition avec le harcèlement comme négatif et effrayant conduit à un niveau d’approbation inférieur. L’exposition qui le présente comme romantique n’a pas significativement augmenté les croyances dans les mythes.

MAIS il reste associé a des niveaux plus élevés d’adhésion aux mythes sur le harcèlement (parmi celles qui ont perçu les films romantiques comme plus réalistes et qui ont eu un niveau élevé d’émotion-de projection.).

L’expérience rapportée ici démontre que les descriptions médiatiques de ces comportements de poursuite romantique peuvent en fait avoir un impact clair et négatif, en ce sens qu’ils peuvent amener les gens à voir le harcèlement comme un crime moins grave qu’ils ne le feraient autrement.

L’expérience a également démontré que les médias sont capables de conduire à une diminution de l’approbation du mythe du harcèlement criminel. Regarder un film qui dépeint la poursuite persistante comme effrayante conduit à diminuer les niveaux d’approbation (une autre étude arrive aux mêmes conclusions Lee et al., 2011).

Pour faire court : On veut plus (+) de films qui présentent harcèlement – viol – comportements sexistes comme négatifs et répréhensibles !!

 

Les analyses ont suggéré que les effets expérimentaux observés peuvent être partiellement expliqués par les perceptions des poursuivants et des cibles décrites dans les films.

Dans la mesure où les médias perpétuent la perception de la poursuite persistante comme normative – que ce soit par la simple fréquence (MacArthur, Weiss, & Sinclair, 2010) ou par des facteurs contextuels (par exemple, décrire la poursuite persistante comme romantique) – ils contribuent à faire penser que harceler une femme est approprié.

Les données rapportées ici suggèrent que, ce faisant, cela pourrait mener à une augmentation du soutien au mythe du harcèlement criminel.

Pour faire court : On veut donc aussi que les films arrêtent de présenter des propos /scénarios problématiques comme normatifs et souhaités

 

Limites, biais (= choses qui ont peut-être ou non affecté les résultats de l’étude) et orientations futures

Il semble possible que l’émotion amenée par un film avec une poursuite romantique devrait être plus positive que celle d’un film d’horreur. On ne regarde pas un film romantique dans les mêmes dispositions (humeur) qu’un film d’horreur. Lorsque les personnes sont dans un bon état d’esprit, leurs évaluations des stimuli tendent à être positives, et plus négatives s’iels sont dans un état d’esprit plus négatif.

Les jugements pouvant être biaisés par l’émotion, il y a un potentiel biais (Greifeneder, Bless, & Pham, 2011). Ce biais est spécialement prononcé lorsque les personnes n’ont pas d’opinion établie ou fixe préalable sur un sujet (Greifeneder et al., 2011) – et c’est une raison pour croire que beaucoup de gens n’ont pas d’avis / positionnement arrêté (fort) sur le harcèlement.

La limite la plus notable de l’étude rapportée ici est peut-être que l’échantillon était exclusivement féminin. Il y a des raisons de croire que les hommes et les femmes ne seraient pas touché-es de manière équivalente par les représentations médiatiques.  Il existe des différences documentées entre les sexes dans la peur du harcèlement, les femmes exprimant une plus grande peur que les hommes (Hills et Taplin, 1998, Sheridan et Lyndon, 2012).

Je note pour ma part ne pas avoir vu de mention quant à la sexualité des participantes : est-ce que cela change quelque chose aux résultats si l’on n’est pas hétérosexuel-le ?

Il serait intéressant de pouvoir comparer cela avec d’autres participant-es ; cis-hommes ? personnes non cis-genrées ? et également croiser avec un facteur d’identité sexuelle et/ou romantique ?

Aussi, « l’ambiance » des films choisis et diffusés aux participantes est vraiment différente et peut avoir perturbé les résultats : que se passerait-il s’il l’on enlevait le contexte de musique par exemple ? ou de scénario, rendant impossible de distinguer si le film est angoissant ou « romantique » avec un personnage masculin harcelant une femme ? L’auteure reconnaît ainsi que la présentation du harcèlement comme comportement devant induire de la peur réduit la validité interne de l’étude. Cependant, elle estime que la validité externe en est renforcée.

Les résultats suggèrent également que l’un des principaux mécanismes par lesquels les médias influent sur les croyances au sujet de l’agressivité sexiste est la perception de l’auteur : lorsque les personnes dans la présente étude pensent que l’agresseur a agit de façon plus appropriée, elles étaient plus susceptibles d’endosser des croyances favorables à l’agression sexiste. Les recherches futures devraient continuer à sonder les différences individuelles dans les perceptions du contenu médiatique dans le but d’élucider davantage les conditions dans lesquelles les médias affectent les croyances sur l’agression sexuelle.

L’auteure explique qu’il n’y a jamais eu d’étude empirique sur la question de la représentation. Aussi il n’y a pas d’étude systématique sur les produits des médias concernant cette représentation. Qui s’y colle ?

 

BONUS DE FIN

L’interprétation foireuse d’un média (cette fois-ci un magazine) de cette étude et qui m’a donné envie de lire en entier cet article.

 

Voilà pour les points que l’on peut retenir de cette étude. Je n’ai pas abordé un tas énorme de concepts, que vous pouvez retrouver dans l’article d’origine, ou ci-dessous.


Pour aller plus loin dans le texte

Etat de l’art ( = ce qui a déjà été fait sur le sujet par d’autres chercheuses et chercheurs) / Points importants / Définitions

 

Sur l’amorçage : la Social-cognitive information processing theory (Huesmann, 1988, 1998) met en lumière l’importance des schémas – qui sont des structures cognitives et contiennent des connaissances / savoir sur les attributs inhérents à une construction et associés à elle – pour comprendre les effets des médias. Cette théorie suggère que les médias affectent les croyances sur les phénomènes sociaux à travers un procédé en 3 étapes :

  • l’attention portée et l’interprétation d’un média qui fait appel à
  • des scripts cognitifs pertinents (à l’interprétation) suivis de
  • une évaluation de ces scripts : sont-ils appropriés et utiles ?

La force de ce processus d’information socio cognitive explique à la fois les efforts à court et long termes. Les effets à court terme (qui sont l’objet ici dans cette étude) sont expliqué par le « priming » (amorçage). Cela fait référence à l’activation de savoirs stockés qui une fois activés augmentent temporairement l’influence sur une évaluation de séquence (Berkowitz, 1984).

Cette théorie (Huesmann, 1988, 1998) suggère que le « priming » appelle aussi à l’activation de schémas. Dans une des études illustrant ce principe par exemple, les participant-es voient à la fois une succession de mots indiquant la séduction (romance, désir…) et une série sur le viol (violer, forcer…) – Littleton, Axsom, & Yoder, 2006. Cette expérience visait à activer les schémas « séduction » et « viol » (respectivement). Toutes-tous les participant-es ont ensuite lu un scénario contenant des éléments « typiques » à la fois tenant de la séduction et du viol. Les participants qui avaient été « éveillé-es » (priming) avec le lexique de la séduction ont pensé que l’ensemble du scénario portait sur la séduction. On peut en penser que le « priming » conduit à augmenter la tendance à interpréter une vignette / scène en concordance avec le schéma activé.

Les effets du « priming » sont particulièrement susceptibles d’arriver dans des stimuli ambigus (Roskos-Ewoldsen & Roskos-Ewoldsen, 2009).

Les effets sont particulièrement forts lorsque que l’agression sexistes est typiquement considérée pour être ambiguë (harcèlement sexuel versus viol, ou viol conjugal vs viol par une personne inconnue) (Dill, Brown, & Collins, 2008; Ferguson, T., Berlin, J., Noles, E., Johnson, J., Reed, W., & Spicer, C. V. , 2005; Milburn, Mather, & Conrad, 2000).

Des formes moins ambiguës d’agression sexistes sont typiquement vues comme problématiques quelles qu’aient été les listes de mots présentées aux participant-es. Le jugement sur le harcèlement, un crime que les gens ne voient donc pas systématiquement comme problématique serait donc sensible au « priming »

Les théories présentées par (Huesmann, 1988, 1998) et celles présentées avant cela (Bandura, 2002) montrent l’importance du renforcement positif et négatif. Un comportement récompensé est évalué plus positivement, un comportement qui est puni, négativement.

Dans une autre étude, Eyal et Kunkel (2008) ont constaté que regarder un média présentant des rapports sexuels ayant des conséquences négatives conduisait à des attitudes plus négatives envers le sexe. Mais regarder un média avec des rapports sexuels ayant conséquences positives ne conduisait pas à des attitudes positives envers le sexe. Les auteurs ont spéculé que parce que les rapports sexuels sont si rarement renforcés négativement – et si souvent renforcés positivement – à la télévision, il pourrait être difficile de produire des effets expérimentaux au-delà de l’effet de la vision quotidienne.

Les recherches (limitées) sur des portraits dans des fictions ont trouvé que lorsque les hommes sont montrés en train de « poursuivre » on avait deux schémas de représentation (de Becker, 1997; Spitzberg & Cadiz, 2002) :

1 – la poursuite est renforcée négativement : c’est une scène effrayante, l’homme présente manifestement des troubles psychologiques, et poursuit une femme qui tente desepéremment d’échapper à son atteinte. Ce type de poursuite a de bonnes chances d’être identifié par l’auditoire comme du harcèlement

2- la poursuite est renforcée positivement : l’homme est présenté comme vraiment amoureux et de manière persévérante (mais non menaçante) il poursuit une femme qu’il désire, même après avoir été rejeté (une ou plusieurs fois). Cette poursuite finit par « payer » lorsque la victime « réalise » que la poursuite est une indication qu’elle doit être avec lui, et qu’iels vivront heureux-ses et eurent beaucoup d’enfants (lol).

 

 Merci mais non, merci

 

Les poursuites romantiques et persistantes sont souvent présentes dans les comédies romantiques, ce qui suggère la présence possible d’une autre caractéristique de ces représentations qui peuvent contribuer à la façon dont elles sont perçues : l’humour. Tout comme la présentation humoristique du harcèlement sexuel peut indiquer aux téléspectateurices que les comportements décrits ne sont « pas si mauvais » (Grauerholz et King, 1997; Montemurro, 2003), la représentation humoristique de la poursuite persistante pourrait aussi communiquer son acceptabilité. La théorie du traitement de l’information social-cognitive prédit que les gens sont plus susceptibles d’employer des schémas activés lorsqu’ils les considèrent comme normatifs (Huesmann, 1998), ce qui suggère que l’humour perçu pourrait entraîner des effets plus forts. D’un autre côté, des recherches suggèrent que l’inverse pourrait être vrai : l’humour perçu pourrait entraîner une diminution des effets parce que la présentation humoristique pourrait mener à la réduction des messages (Nabi, Moyer-Gusé et Byrne, 2007).

 

Un principe clé de l’amorçage, lorsqu’il est appliqué à la recherche sur les effets médiatiques, est que les gens sont moins susceptibles d’être amorcés s’ils éprouvent une distance psychologique avec un média (Berkowitz, 1984, 1993, Huesmann, 1998). Pour cette raison, la recherche dans cette tradition souligne l’importance du réalisme perçu, qui a été utilisé comme un indicateur de la proximité psychologique. Autrement dit, cette recherche soutient que les effets d’amorçage des médias sont plus susceptibles de se produire lorsqu’un-e spectateurice croit que la représentation des médias est « fidèle à la vie » (Taylor, 2005). Cette recherche suggère que le réalisme perçu devrait modérer l’effet de la condition sur l’approbation du mythe du harcèlement, avec de plus grands effets observés chez celleux qui perçoivent le film comme plus réaliste. L’importance de la proximité psychologique aux effets d’amorçage a également des implications pour un concept plus récemment développé : le transport (Green & Brock, 2000). Le transport décrit l’expérience d’être absorbé dans un récit et décrit ainsi une autre forme de proximité psychologique avec les médias. Comme le réalisme perçu, le transport modère les effets d’amorçage des médias ; après avoir été exposés à un récit, les personnes qui connaissent des niveaux de transport plus élevés rapportent des niveaux plus élevés de croyances cohérentes (Dal Cin, Zanna et Fong, 2004; Green & Brock, 2000).

 

Sinclair (2006) a développé une échelle des mythes sur le harcèlement (Stalking Myths Scale). Il y a 21 échelles sur les mythes supposés du harcèlement, parmi lesquels l’expression du sentiment amoureux (« quelqu’un-e qui va jusqu’à harceler doit vraiment être amoureux-se ») ; le mythe comme quoi la victime l’aurait cherché (« beaucoup de prétendues victimes sont en fait des personnes qui en ont bien profité et qui ont changé d’avis derrière ») ; que le harcèlement n’est pas si dangereux (« être harcelé-e n’a pas d’impact sérieux » [en score inversé]). La validité de ces mesures est démontrée par les corrélations positives des mythes sur le harcèlement avec l’acceptation de la violence interpersonnelle (Sinclair, 2006). L’utilité de ces mesures est également démontrée par un travail de recherche récent qui montre que plus le niveau de croyance du mythe sur le harcèlement est forte, plus le harcèlement est fort (en terme de poursuite non voulue par la victime – victimisation, et perpétuation par les hommes) (Lippman & Ward, 2014).

Comme c’est le cas avec d’autres formes d’agressions genrées, la compréhension et vision du harcèlement est faussée en partie par la représentation qu’en donnent les médias (Schultz, Moore, & Spitzberg, 2014; Spitzberg & Cadiz, 2002; Yanowitz, 2006)

Cette étude est américaine, dans le texte original, l’auteure parle souvent de « stalking ». On entend dans cette étude le harcèlement comme un comportement reproduit (deux fois ou plus) qui voulant effrayer la victime (ou du moins la personne qui induit le rapport aurait dû savoir qu’il allait impliquer la peur) (Spitzberg & Cupach, 2014)

Des harceleurs (utilisé au masculin, dans l’idée ou cet article concerne des agressions cis-genrées hommes agresseurs / femmes victimes, de manière hétéro centrée) peuvent utiliser beaucoup de comportements pour faire du mal à leur cible qui vont d’appels téléphoniques répétés à poster des photographies embarrassantes en ligne ou des menaces de mort.

L’auteure fait le lien avec la possibilité que le harcèlement présenté dans les comédies romantiques est (ou est devenu) un idéal à atteindre (un idéal culturel). Harceler une personne avec l’excuse qu’on en est amoureux : un must-do ? Si ma conquête était si facile, l’ai-je vraiment conquise (est-ce le « true love » l’amour véritable ? ) ? Une femme qui m’a dit non une première fois, ou que je n’ai pas revue depuis 10 ans ne devrait-elle pas être heureuse que je sonne à sa porte sans prévenir ni être invité ? (sans parler que je me suis appliqué à faire un travail de recherche approfondie, voire engager un détective privé !!! pour connaître ladite adresse).

Souvent sur cette base, les films – séries (médias) montrent le harcèlement comme une preuve d’amour sinon l’Amour véritable (Emerson, Ferris, and Gardner (1998); Brewster (2003); De Becker, 1997; Dunn, 2002; Lowney & Best, 1995). Le poursuiveur -agresseur – harceleur, dans la plupart des scénarios « gagne » l’affection de sa victime au prix d’une lutte effrénée tout le long du film.

Le harcèlement est du coup montré aux femmes comme un signal de désir (positif) pour elles. (Dunn, 2002). Si une femme perçoit le harcèlement comme flatteur plutôt que comme problématique, cela va surement affecter son comportement par rapport aux harceleurs, et donc probablement impacter la réussite des poursuites (judiciaires cette fois) contre des harceleurs.

Ces grands gestes romantiques sont souvent présentés comme des signes sans équivoque du véritable amour. En effet, ils peuvent être considérés comme reflétant l’un des grands mythes culturels de l’amour romantique: quel que soit l’obstacle, l’amour va tout conquérir (Sprecher & Metts, 1989).

L’état de l’art comprend en outre :

  • une estimation du nombre de victimes américaines (quantifiable par rapport aux signalements, donc probablement beaucoup plus)
  • les conséquences possibles du harcèlement sur les victimes (en termes de dépenses monétaires, psychologiques, traumatologiques, physiques, sociales…)
  • l’information que lors d’une procédure judiciaire (aux USA) la vie de la victime est passée au peigne fin. Tout signe d’empathie envers le harceleur peut jouer en défaveur de la victime (par exemple si elle l’a rappelée, si elle lui a trouvé des excuses, donné « une autre chance »…)
  • des études ont montré qu’il y existe un lien entre les femmes ayant été agressées et leur nombre de partenaires sexuels. Le lien fait est qu’une femme, ayant plus d’interactions avec des partenaires masculins ont une probabilité plus élevée de rencontrer des agresseurs. (Krahé, 2001; Walker, Messman-Moore, & Ward, 2011)

 

Voilà c’est fini, c’était facile non ? 

 

Les sources de cette étude que vous pouvez lire (l’intégralité est dans l’article)

Bandura, A. (2002). Social cognitive theory of mass communication. In J. Bryant & D. Zillmann (Eds.), Media effects: Advances in theory and research (2nd ed., pp. 121-153). Mahwah, NJ: Lawrence Erlbaum.

Berkowitz, L. (1984). Some effects of thoughts on anti- and prosocial influences of media events: A cognitive-neoassociation analysis. Psychological Bulletin, 95, 410-427. doi:10.1037/0033-2909.95.3.410

Berkowitz, L. (1993). Aggression: Its causes, consequences, and control. New York, NY: McGraw-Hill.

Brewster, M. P. (2003). Children and stalking. In M. P. Brewster (Ed.), Stalking: Psychology, risk factors, interventions, and law (pp. 9.1-9.26). Kingston, NJ: Civic Research Institute.

Dal Cin, S., Zanna, M. P., & Fong, G. T. (2004). Narrative persuasion and overcoming resistance. In E. S. Knowles & J. A. Linn (Eds.), Resistance and persuasion (pp. 175-191). Mahwah, NJ: Lawrence Erlbaum.

de Becker, G. (1997). The gift of fear: Survival signals that protect us from violence. Boston, MA: Little, Brown.

Dill, K. E., Brown, B. P., & Collins, M. A. (2008). Effects of exposure to sex-stereotyped video game characters on tolerance of sexual harassment. Journal of Experimental Social Psychology, 44, 1402-1408. doi:10.1016/j.jesp.2008.06.002

Dunn, J. L. (2002). Courting disaster: Intimate stalking, culture, and criminal justice. New York, NY: Aldine de Gruyter

Emerson, R., Ferris, K., & Gardner, C. (1998). On being stalked. Social Problems, 45, 289-314.

Eyal, K., & Kunkel, D. (2008). The effects of sex in television drama shows on emerging adults’ sexual attitudes and moral judgments. Journal of Broadcasting & Electronic Media, 52, 161-181. doi:10.1080/08838150801991757

Ferguson, T., Berlin, J., Noles, E., Johnson, J., Reed, W., & Spicer, C. V. (2005). Variation in the application of the “promiscuous female” stereotype and the nature of the application domain: Influences on sexual harassment judgments after exposure to the Jerry Springer Show. Sex Roles, 52, 477-487. doi:10.1007/s11199-005-3713-y

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Greifeneder, R., Bless, H., & Pham, M. T. (2011). When do people rely on affective and cognitive feelings in judgment? A review. Personality and Social Psychology Review, 15, 107141. doi:10.1177/1088868310367640

Hills, A. M., & Taplin, J. L. (1998). Anticipated responses to stalking: Effect of threat and target-stalker relationship. Psychiatry, Psychology and Law, 5, 139-146. doi:10.1080/13218719809524927

Huesmann, L. R. (1988). An information processing model for the development of aggression. Aggressive Behavior, 14, 13-24. Huesmann, L. R. (1998). The role of social information processing and cognitive schemata in the acquisition and maintenance of habitual aggressive behavior. In R. G. Green & E. Donnerstein (Eds.), Human aggression: Theories, research, and implications for social policy (pp. 73-109). San Diego, CA: Academic Press.

Krahé, B. B. (2001). Risk markers of sexual victimization among women and gay men: Exploring parallels in female and male sexual victimization. Aggressive Behavior, 27(3), 165.

Lee, M. J., Hust, S., Zhang, L., & Zhang, Y. (2011). Effects of violence against women in popular crime dramas on viewers’ attitudes related to sexual violence. Mass Communication and Society, 14, 25-44. doi:10.1080/15205430903531440

Lippman, J. R., & Ward, L. M. (2014). Associations between stalking myth endorsement and unwanted pursuit behaviors among college students. Ann Arbor: Aggression Research Program Report, Institute for Social Research, University of Michigan. doi:10.7826/ ISR-UM.05.3020.0001

Littleton, H. L., Axsom, D., & Yoder, M. (2006). Priming of consensual and nonconsensual sexual scripts: An experimental test of the role of scripts in rape attributions. Sex Roles, 54, 557-563. doi:10.1007/s11199-006-9017-z

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