Posté le 8 mai 2018

Récemment, je suis allée me promener en Louisiane, Etats-Unis. C’était impressionnant de voir la réécriture de l’Histoire par certain-es au niveau de l’esclave et des conditions toujours actuellement ignobles et discriminantes pour les noir-es (bonjour racisme). Ca fait toujours chaud au cœur de visiter ces pays de la Liberté (mais pas pour toutses). Si des gentes concerné-es veulent en parler ici mieux que moi n’hésitez pas à venir 🙂

Comme les américains qui gouvernenent (aka also known as – aussi appelés les blancs) ont toujours le cœur à rire et à créer des inégalités, ils en ont fait même parmi leur propre peuple : pourquoi, par exemple, ne pas donner moins de droits aux femmes et aux minorités de genre ? Ce serait tellement rigolo. Et ils l’ont fait.

Je m’y attendais, et la Nouvelle-Orléans ne nous a pas déçu-es pour ce sujet : c’est un des états les plus restrictifs en matière d’accès à la santé sexuelle pour les femmes et les minorités de genre (quand je dis ça, je parle de personne qui sont par exemple des hommes avec des utérus, ou des personnes qui ne se retrouvent pas dans l’appellation « femme »).

Ça n’a pas manqué : à peine étions-nous descendu-es du bus qu’on a repéré un panneau de 4 mètres par 3 (je vous laisse compter en terrain de foot) avec une publicité vantant ô combien vous deviez être une meurtrière pour oser demander des droits sur votre corps. Charmant. Accueillant. Bonne ambiance.

(fun fact – fait rigolo : vous n’avez pas le droit d’avorter car cela tue MAIS VOUS POUVEZ POSSÉDER UN FUSIL.) 

« Le planning familial vend des avortements et prévoit d’en vendre plus » NOLA = New Orleans LouisanA

Il paraîtrait même que le Planning Familial revend les fœtus pour faire du Pepsi. 

Plus tard dans la campagne, on est également tombé-es sur une église sympathique qui a eu le goût parfait de disposer une statue en mémoire des victimes (???). Amen.

Le saviez-vous, les militant-es anti-IVG comptabilisent et donnent des numéros aux chèr-es disparu-es (???). Et diffusent par milliers des images trafiquées de fœtus et autres embryons. Et bloquent les accès aux cliniques. Voire les font fermer. Et ouvrent des « fausses » cliniques, où les seuls conseils que vous pouvez recevoir sur votre corps sont :

– la contraception à utiliser est celle de Dieu (efficace, n’est-ce pas)

– « oups trop tard les délais sont passés » pour toute demande d’avortement

 

Bon comment ça marche ces lois aux Etats-Unis ? –

On a des lois sur la santé des femmes et la santé reproductive encadrées par état, avec une législation assez large au niveau du pays posée au dessus.

Peut-être vous avez entendu parler de Roe vs Wade.

En gros, c’est une jurisprudence qui a fait entrer le droit à l’avortement dans la Constitution. Toutes les législations doivent donc a minima en garantir l’accès. Ensuite, les états peuvent proposer des conditions et délais spécifiques. Plus d’infos ici en français.

Devinez quoi, ce ne sont jamais des conditions ++ mais toujours des conditions restrictives.

On a aussi par dessus l’Obama Care. Dans les grandes lignes, on va dire qu’on parle ici d’une  espèce de sécurité sociale, qui oblige notamment les entreprises a prendre des garanties et à proposer des choses pour leurs salarié-es. Comme par exemple, des choses pour les femmes et les minorités de genre, sur la santé, la contraception, les congés de grossesse et d’accouchement etc. (car oui, conserver son emploi lorsqu’on est enceint-e, avoir le droit à des jours de repos post partum, ce n’est pas une évidence ici).

Tout cela est remis en cause par les choix du gouvernement actuel.

Aujourd’hui, au gouvernement, on a Trump, qui a dit que les femmes devraient être punies pour avoir avorté (coucou moi) et un vice-président tout aussi charmant.

       This guy. Mike Pence forever.

Une partie du boulot de Trump est de nommer les juges fédéraux, à la Cour Surpême, l’attorney général (tous les gentes qui s’occupent des lois donc) : devinez qui il choisit ? Des personnes qui pensent que l’accès devrait être pour toutes et tous ? Qui voudraient élargir le cadre de loi et protéger la vie des personnes concernées ? Ah ah, non.

L’été dernier par exemple, un de ses sbires a décidé de supprimer les fonds d’éducation à la reproduction sexuelle pour les ados. Parce que.

Cette décision contestée et contestable a d’ailleurs été rejetée par UNE juge fédérale qui a dit que c’était illégal de couper juste comme ça (source ici).

On a aussi un Gouvernement qui a décidé, et ça surement vous en avez entendu parler, de trancher dans le vif de l’Obama Care. Parce que les femmes (les autres, existent même pas) leur place EST de faire des bébés par centaines. Alors pourquoi les en empêcher en leur proposant d’avoir un emploi – une carrière et d’être parent ou non ? Qu’elles fassent des enfants et restent dans la cuisine bon sang !

(et je n’exagère même pas).

          « les Etats-Unis, notre modèle lol »

Bien sûr, certaines entreprises, certains états (comme la Californie youhou) ont décidé de continuer à supporter la santé et l’accès à la santé.

Mais pas partout, et ce n’est pas franchement une majorité. Alors petit tour d’horizon :

  • en rouge accès très restreint
  • en bleu accès à peu près comme en France (possibilité d’avoir de la propagande anti-avortement)

Comment les « pro-life » font pour empêcher l’accès à la santé sexuelle ? Ils/elles :

– empêchent physiquement l’accès à des cliniques

– publient des « études » / images / ouvrages avec de fausses données scientifiques sur les méthodes de contraception, sur la sexualité, sur la reproduction humaine, sur « les effets » de l’avortement

– montent des cliniques aux noms trompeurs pour attirer et dissuader des personnes en demande. Genre « la clinique du choix » ou « clinique ici on vous laisse choisir » ou bien « clinique du bonheur où le choix est possible – les alouettes« 

– montent des associations « d’aide » aux « victimes » avec des lignes d’écoute, des sites internet avec des « professionnel-les » de santé

– passer dans les écoles donner des « cours d’éducation sexuelles » basés sur… l’abstinence. C’est connu que c’est efficace aussi ça. Un peu en dessous de Dieu.

– et donc font des lois limitant l’accès à l’avortement pour les personnes uniquement dans le cas de viol (et encore, le géniteur peut vous obliger à poursuivre la grossesse dans certains états) d’inceste (et encore, voire ci-avant) ou de danger de mort de l’incubateur (et encore, en Iowa). Et en plus faut savoir faire le poirier, pouvoir démontrer qu’on a pas les moyens financiers (?? quand on sait le taux d’endettement par habitant-e), et prêter allégeance aux Républicains.

Attention, encore une fois, ces lois sont applicable seulement si vous êtes le commun des mortel-les. Si vous êtes la maîtresse d’un ponte anti-IVG (catho et blanc) c’est bon. Source ici

Avortement pas juste pour vos maîtresses

Alors peut-être vous me direz, oui, mais quand même, est-ce que ces gens là ont pas un tout petit peu raison ? Est-ce qu’on sauve pas des vies à vouloir empêcher les personnes d’avorter ?

Et bien… non.

Car une personne qui ne souhaite pas poursuivre une grossesse non désirée l’interrompra dans tous les cas. Et si vous ne lui offrez pas les conditions de sécurité nécessaire, elle ira juste risquer sa vie sur une table de cuisine, avec des aiguilles, avec un cintre, avec des herbes « médicinales »… Et qu’est-ce qui est le plus important pour vous ? La vie d’une personne qui ne veut pas être parent, ou « des cellules qui peut être deviendront votre voisin-e un jour » ? Il n’existe pas d’alternative à « je ne veux pas/plus être enceint-e ». Forcer une personne à poursuivre sa grossesse contre sa volonté, en espérant qu’elle change magiquement d’avis c’est tout au mieux cruel, tout au plus de l’esclavage.

Et pour toutes les personnes qui viendraient me dire « yavéka » utiliser une contraception : le saviez-vous, en France, de 75 % à 80 % des IVG sont réalisées alors que la personne prenait une contraception (re coucou moi). Parce qu’aucune contraception n’est fiable à 100 %. Et quid des personnes qui ne peuvent pas en prendre ?

« Oui, mais comment faire baisser autrement les avortements ?  » : et bien sachez que toutes les études le montrent, il y a moins d’IVG lorsque les personnes ont un accès à la contraception plus libre et facilité, et sont éduquées correctement. Il y a aussi une corrélation entre l’accès à une IVG sécurisé et le taux d’IVG en lui-même (il tend à diminuer / se stabiliser).

Vous pouvez toujours aller vous cultiver sur ces chiffres et ces questions sur ces sites :

celui du planning familial (et passez-y, les personnes seront ravies de vous détailler pourquoi « prendre une contraception » c’est pas toujours aussi « facile »)

celui de l’INED

Ce qui est rigolo (non) c’est que les plus virulents sur ces questions sont TOUJOURS des hommes qui ne possèdent pas d’utérus. Comme s’ils voulaient décider pour nous.

Merci de nous faire confiance

Mais oui, mais en France, ça va non ? 

Et bien, pas tant que ça.

En France, des politiques, comme Laurent Wauquiez que j’aime tout particulièrement, font des coupes dans les budgets. Lui, mais aussi au niveau national : la secrétaire d’état Schiappa a réduit les budgets d’association d’aide aux femmes et minorités de genre.

En France, les plannings familiaux et les centres d’orthogénie ferment par manque de moyen. Le saviez-vous, il n’y en a plus par exemple à Montluçon.

En France, les médecins s’élèvent avec « un droit de conscience » et retardent les personnes afin qu’elles ne puissent plus avorter, hors délais. Les associations anti-IVG organisent des conférences pour expliquer aux médecins comment contourner la loi.

Les déserts médicaux et le manque de transports obligent des personnes dans des milieux ruraux à prendre des risques pour leur vie et leur santé. De plus en plus de pharmacies refusent de délivrer la contraception d’urgence alors qu’obligatoire…

Bon c’est bien tout ça maryon, mais nous qu’est-ce que ça peut nous faire tout ça, et qu’est-ce qu’on peut faire ?

Et bien déjà, le savoir, c’est pas si mal. Savoir que c’est pas garanti, et que partout dans ce pays, pays de la tolérance, ce nouveau monde, les belles valeurs sont moisies avec un vernis d’hypocrisie par dessus.

Alors qu’est-ce qu’on peut faire en plus ? Arrêter d’ignorer. Ignorer et s’en foutre, c’est laisser le champ libre à celles et ceux qui œuvrent pour interdire, pour contrôler, pour contrôler vos corps, ceux de vos enfants, de vos ami-es, de vos parents… On peut empêcher de laisser faire et de laisser dire.

Le saviez-vous, le 25 mai, en Irlande, il y a un vote par référendum pour enlever l’interdiction d’avorter du la Constitution, qui jusqu’ici obligeait les irlandais-es souhaitant avorter à aller jusqu’en Angleterre ou plus loin.

Vous pouvez aussi si vous le voulez, soutenir financièrement les associations qui s’occupent de ça : par exemple le planning familial, qui entre autres missions, délivre gratuitement des consultations gynécologiques et psychologiques pour toutes et tous, procure des contraceptions, accueille et conseille, donne accès à l’avortement aux personnes qui le souhaitent, proposent de l’éducation aux jeunes dans des établissements scolaires…

 

UPDATE 22/05/18


Juste avant le referendum en Irlande, les réseaux sociaux refusent de publier de la publicité (payante) pour les deux camps. Le  Transparent Referendum Initiative, un groupe de bénévoles, a analysé plus de 900 posts et découvert que la plupart viennent de lobbys anti-IVG, dont certains des USA… L’initiative de Google / Facebook embête plus le côté des anti-choix puisqu’au final, c’est leur technique classique de polluer internet et acheter de l’espace pour diffuser leur propagande, même si les deux parties sont tombées d’accord sur le fait que le géant Américain ne devrait pas interférer dans la démocratie Irlandaise. On vous fait un update le 25 mai !

Source ici

Au moment où je vous parlais de l’administration Trump qui avait supprimé des fonds l’été 2017, décision déclarée illégale, se tramait bien pire dans les couloirs de la maison blanche. Vendredi, une déclaration vise les personnes sans assurance ou aux revenus modestes (les pauvres, encore). L’idée est de dire que l’avortement n’est pas du « planning familial » et que donc, les associations comme le planning familial (Planned Parenthood aux USA) n’a pas besoin de fonds. On parle donc de devoir séparer les endroits qui conseillent sur les droits reproductifs, la contraception, les suivis de grossesse, les tests sanguins… et ceux qui pratiquent l’avortement. Oui parce que les personnes qui avortent ne sont pas les mêmes que celles qui ont besoin de santé sexuelle et reproductive (ce sont des extraterrestres). La Maison Blanche assure que c’est donc une mesure POUR les droits de santé, et que comme ça les sous n’iront pas financer « l’industrie de l’avortement » ??? Tout ça pour assurer aux ouins-ouins que leurs impôts ne financent pas des avortements (again, ??? est-ce que nos impôts ne financent pas vos grossesses ? est-ce que ce n’est pas une base du système social de financer les besoins de santé (au sens large) des autres membres de la société ? ). Les associations ont assuré qu’on en resterait pas là.

Source ici             et là 

mais aussi ici (tout en anglais désolée !)

Pour aller plus loin dans vos réflexions : 

J’ai lu cet article sur des bandes de femmes qui font et qui forment pour faire des auto-touchers pelviens-utérins et contrôles IVG pour ne pas avoir à passer par des « soignant-es » culpabilisant-es et anti-IVG. Pour reprendre le contrôle de son propre corps ! Apparemment elles seraient de plus en plus nombreuses aux USA, palliant au manque. En anglais.

Le problème des fausses cliniques ici, et de l’éducation qu’elles font aux jeunes. La Californie est le seul état à réglementer les cours d’éducation sexuelle et à proposer des cours d’éducation sexuelle reproductifs lgbt+ friendly. En anglais.

Au Mississippi, jute à côté de la Louisiane, il n’y a plus qu’une seule clinique qui propose un avortement sécurisé. En français.

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